Histoires nationales, mémoire européenne commune

Actualité critique européenne, Varsovie
22 mars 2018

 

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Cette table ronde s’intéresse à la possibilité de créer une mémoire européenne commune face à diverses mémoires et histoires nationales. L’on tentera d’apporter des réponses aux interrogations suivantes :

  • Des pays avec des histoires différentes peuvent-ils créer une mémoire européenne commune ?
  • Est-il possible de créer une mémoire européenne commune aujourd’hui ?
  • Face aux célébrations du 100e anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale et de l’indépendance de la Pologne, ainsi que la célébration du 50e anniversaire des événements de 1968, est-il possible de trouver une perspective commune sur ces histoires afin de les commémorer ensemble ?
  • Quel pourrait être le rôle des États, ou éventuellement des organisations internationales telles que l’Union européenne, dans la création d’aujourd’hui des relations entre histoire et mémoire ?
  • Comment organiser dans l’avenir des débats sur la mémoire en Europe ?

Programme :

Ouverture par Jacek Czaputowicz, Ministre des affaires étrangères de la Pologne, et Pierre Lévy, ambassadeur de France à Varsovie

Interventions de :

  • Paweł J. Borkowski, Institut d’études européennes de la Faculté de sciences politiques et d’études internationales de l’Université de Varsovie
  • Nicolas Thervet, élève de l’École normale supérieure (département d’histoire)
  • Joanna Tokarska-Bakir, anthropologue de la culture, professeure de sciences humaines
  • Blaise Wilfert-Portal, maître de conférences en histoire contemporaine au département de sciences sociales de l’ENS-PSL
  • Frédéric Worms, philosophe et directeur adjoint Lettres de l’École Normale Supérieure

Président de séance : Nicolas Maslowski, Centre de civilisation française et d’études francophones de l’Université de Varsovie

Les interventions, d’une durée de 8 à 10 minutes, seront suivies d’un débat.

Actualité critique européenne à Varsovie, 22 mars 2018 : première page du programme

Traduction simultanée franco-polonaise

Public : public universitaire, experts, journalistes

Présentation des intervenants :

Paweł J. Borkowski : politologue, diplômé de l’Institut de relations internationales de l’Université de Varsovie (2000), docteur habilité en sciences politiques. Professeur adjoint et directeur du département d’histoire européenne à l’Institut d’études européennes de la faculté des sciences politiques et des études internationales de l’Université de Varsovie.

Jacek Czaputowicz : politologue, professeur des universités et haut fonctionnaire. Professeur de sciences sociales. Depuis 2018, ministre polonais des Affaires étrangères.

Pierre Lévy : directeur du Centre d’analyse et de prévision du Quai d’Orsay (2005-2009), ambassadeur en République tchèque (2009-2013) avant de devenir directeur de l’Union européenne au ministère des Affaires étrangères (2013-2016), il est ambassadeur de France en Pologne depuis 2017. Pierre Lévy a également occupé diverses fonctions au ministère de l’Économie et des Finances et a été directeur adjoint de cabinet de Pierre Moscovici, ministre délégué chargé des affaires européennes (1997-2002).

Nicolas Maslowski : sociologue, politiste. Maître de conférences détaché de l’Université Charles de Prague (Département de sociologie historique). Il enseignait aussi auparavant à l’Université d’économie (Prague) les relations internationales et la diplomatie. Directeur du Centre de civilisation française et d’études francophones de l’Université de Varsovie.

Nicolas Thervet : étudiant en deuxième année à l’École normale supérieure (département d’histoire), Nicolas Thervet prépare actuellement un master Histoire et civilisations. Ses recherches portent sur le camp de concentration de Jasenovac en Croatie, sous la direction de Florent Brayard (EHESS).

Résumé de son intervention. A l’intersection entre l’histoire et la mémoire, les musées ont souvent été utilisé comme une politique de la mémoire, le pouvoir cherchant à inscrire sa légitimité dans l’histoire. Aujourd’hui, l’échelle européenne nécessite de repenser les musées, qu’ils soient dédiés à l’Europe ou non. L’« européanisation de la mémoire » – étudiée par Marie-Claire Lavabre et Sarah Gensburger – a conduit à une ressemblance des expositions entre elles, notamment pour les musées traitant des violences de masse au vingtième siècle. Partant de ce concept, il est important de voir comment le musée s’est transformé pour raconter une nouvelle histoire européenne commune – et voir les défis et dangers auxquels les musées sont confrontés aujourd’hui.

Joanna Tokarska-Bakir : anthropologue de la culture, professeure de sciences humaines. Professeure à l’Institut des sciences sociales appliquées de l’Université de Varsovie (ISNS UW) et membre de l’Institut d’études slaves de l’Académie polonaise des sciences (IS PAN). Responsable des archives ethnographiques à l’ISNS UW et à l’IS PAN.

Blaise Wilfert-Portal : maître de conférences en histoire contemporaine au département de sciences sociales de l’ENS-PSL, ses publications et ses recherches portent sur l’histoire de la mondialisation, notamment prise sous son angle culturel, depuis le milieu du XVIIIe siècle. Il prépare notamment une habilitation sur la littérature dans le champ du pouvoir.

Résumé de son intervention. La question de la difficulté de la mémoire européenne commune s’impose souvent dans le contraste avec les histoires nationales : à l’incertitude d’une mémoire européenne à construire, on oppose l’évidence des histoires nationales, solides, partagées, et inévitablement opposées entre elles, pour une part au moins. A partir de l’acquis de trente ans d’histoire transnationale et globale, c’est cette opposition convenue que je veux interroger, en montrant que les historiographies nationales ont imposé une lecture rétrospective profondément anachronique de l’histoire de l’Europe comme un système de « nations » distinctes depuis des siècles, alors que les « nations » sont d’invention récente, d’ailleurs conflictuelle, largement arbitraire et donc qu’elles ne sont pas plus évidentes ni naturelles que la mémoire européenne. A ce titre, notre histoire est tout autant européenne que nationale, et pas seulement, loin s’en faut, sur le mode du conflit.

Frédéric Worms : professeur de philosophie à l’École Normale Supérieure de Paris et Directeur du Centre international d’études de philosophie française contemporaine à l’ENS-PSL. Membre du Comité consultatif national d’éthique de la France.

Résumé de son intervention – Répétitions et renouveau : l’heure de vérité pour l’Europe et les nations. Ce qui est nouveau en Europe, c’est l’Europe elle-même. C’est donc elle, et elle seule, qui peut éviter à la mémoire et à l’histoire des uns et des autres de se répéter et de se déchirer sans fin. Bien sûr, il faut passer par la connaissance de l’histoire pour échapper à la répétition de la mémoire. « Celui qui ne connaît pas son histoire est condamné à la revivre » : ce mot a traversé le XX° siècle. Mais pour se délivrer de la mémoire et de l’histoire des conflits et des guerres, il ne suffit pas de connaître, il faut avancer, il faut créer, il faut du nouveau, du renouveau. C’est cela qu’apporte l’Europe, qui est la condition du renouveau pour les nations européennes elles-mêmes.

Organisateurs :

  • Centre de civilisation française et d’études francophones de l’Université de Varsovie
  • École Normale Supérieure de Paris
  • Institut d’études européennes de la Faculté de sciences politiques et d’études internationales de l’Université de Varsovie
  • Institut Français
  • Ambassade de France en Pologne

Ce débat est organisé à l’initiative de l’École Normale Supérieure de Paris dans le cadre du séminaire interdisciplinaire «Actualité critique européenne ». Ce séminaire rassemble des chercheurs et des étudiants autour de questions importantes pour la politique, la science, l’économie, la société et l’art. L’analyse des événements contemporains dans le monde conduit de plus en plus souvent à des manipulations, des transformations et de fausses interprétations. Ce séminaire vise à analyser les événements actuels d’une manière critique à partir de différentes perspectives : historique, interdisciplinaire et transnational.

«Actualité critique européenne » est soutenue par le réseau de l’Institut français ainsi que d’autres institutions francophones en Europe, dont le Centre de civilisation française et d’études francophones à l’Université de Varsovie ou le Centre français de recherche en sciences sociales (Prague). Cette formulaire de séminaire européen vise à devenir un lieu de réflexion et d’analyse critique.

Informations pratiques :

Jeudi 22 mars 2018, 15h00-16h30

Salle prof. J. Baszkiewicz Gmach Audytoryjny
Faculté de sciences politiques et d’études internationales
Université de Varsovie
26/28 rue Krakowskie Przedmieście

Contact et renseignements : kinga.torbicka@uw.edu.pl

Pour aller plus loin :

Une réflexion sur « Histoires nationales, mémoire européenne commune »

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